La crise dans les pays émergents risque de devenir contagieuse
AFP 30 JANVIER 2014 À 12:33
Le taux d'intérêt de base est passé de 7,75 à 12% en Turquie pour tenter d'enrayer la dépréciation de la livre.
Un bureau de change à Istanbul, le 28 janvier. Le taux d'intérêt de base est passé de 7,75 à 12% en Turquie pour tenter d'enrayer la dépréciation de la livre. (Photo Gurcan Ozturk. AFP)
«Ce qui se passe dans les émergents, reste dans les émergents»: cette conviction jusquici très répandue pourrait chanceler, si les graves problèmes financiers de certains grands pays du Sud se muent en turbulences bien réelles pour les pays développés.
Les analystes soulignaient jeudi que la Réserve fédérale américaine na pas eu un mot la veille pour les pays émergents.
La Fed, qui a maintenu le cap de la réduction à petits pas de son aide monétaire, «met au second plan la volatilité des marchés», dont elle ne fait «aucune mention» dans son communiqué, soulignent les analystes de Barclays.
Cette volatilité est la conséquence de gigantesques transferts de capitaux, lesquels entraînent une dévalorisation des monnaies, que ce soit en Argentine, en Turquie, en Russie, ou en Afrique du Sud.
la plupart de leurs banques centrales tentent depuis, en augmentant leurs taux ou via dautres manuvres, de rapatrier des fonds vitaux pour des pays qui souvent vivent «à crédit» des investisseurs étrangers, cest-à-dire avec de gigantesques déficits extérieurs et/ou budgétaires.
Lexemple le plus spectaculaire ces derniers jours est celui de la Turquie, où la livre a perdu environ un tiers de sa valeur en six mois, et dont la banque centrale a réagi de manière spectaculaire, jusquà doubler lun de ses taux. Sans succès jusquici.
Récemment lAfrique du Sud a elle aussi durci sa politique monétaire, tout comme lInde, tandis que la Russie a tenté de soutenir le rouble.
Les économistes noublient pas que, lors de la dernière grande crise des devises dans les pays émergents qui a secoué lAsie à partir de lété 1997, les problèmes navaient pas vraiment dépassé les frontières de la région.
Mercredi encore José Vinals, le directeur du département marchés et capitaux financiers au Fonds monétaire international, a assuré quil ny avait «pas de mouvement de panique» global, mais une «combinaison de facteurs particuliers» à chacun des pays.
Pourtant les économistes sont de plus en plus nombreux à se poser aujourdhui la question dune contagion aux économies développées.
Les «émergents européens» en première ligne
Dabord parce que le poids des émergents dans léconomie mondiale na cessé de croître. Selon lOrganisation de coopération et de développement économiques, la part des pays développés dans la production de richesse mondiale, qui était de 60% en 2000, est tombée à 51% en 2010, et devrait encore décroître à 43% en 2030.
Le durcissement monétaire en cours dans certains pays «aura un impact très négatif sur les investissements et la consommation» puisque le crédit devient plus cher, et pèsera donc sur la demande de produits fabriqués dans les pays développés, explique Philippe Martin, professeur à Sciences Po.
«Mais supposons que les banques centrales décident à un moment ou un autre de laisser filer les monnaies, alors les entreprises de ces pays, souvent endettées en devises étrangères, verront leur dette exploser» et risqueront des faillites en chaîne, prédit-il.
«Il y aurait alors une contagion via le commerce international», qui selon lui ne «serait peut-être pas gigantesque, mais pas négligeable non plus, ce nest pas vraiment le moment (en zone euro) de perdre 0,2 point de croissance».
Léconomiste sinquiète aussi dun autre canal de transmission «beaucoup plus imprévisible».
«Nous avons en quelque sorte aussi nos pays émergents en zone euro. Si les investisseurs se prennent dune aversion au risque généralisée, ils peuvent se retirer de Turquie et dAfrique du Sud, mais peut-être aussi du Portugal, de lEspagne etc. Et nous risquerions le scénario catastrophe dune retour de la crise de la zone euro».
Philippe Waechter, directeur des études économiques chez Natixis AM, discerne «un effet de frein» lié aux difficultés des émergents, ainsi que des risques pour nombre de multinationales européennes et américaines qui y «ont développé leur production et peuvent être fragilisées».
Il rappelle toutefois que lors de la crise des monnaies asiatiques «si la chute avait été brutale, le rebond avait été rapide. Cette fois, il sagira de bien distinguer les pays qui vont rebondir vite, sadapter rapidement, et les autres».
AFP 30 JANVIER 2014 À 12:33
Le taux d'intérêt de base est passé de 7,75 à 12% en Turquie pour tenter d'enrayer la dépréciation de la livre.
Un bureau de change à Istanbul, le 28 janvier. Le taux d'intérêt de base est passé de 7,75 à 12% en Turquie pour tenter d'enrayer la dépréciation de la livre. (Photo Gurcan Ozturk. AFP)
«Ce qui se passe dans les émergents, reste dans les émergents»: cette conviction jusquici très répandue pourrait chanceler, si les graves problèmes financiers de certains grands pays du Sud se muent en turbulences bien réelles pour les pays développés.
Les analystes soulignaient jeudi que la Réserve fédérale américaine na pas eu un mot la veille pour les pays émergents.
La Fed, qui a maintenu le cap de la réduction à petits pas de son aide monétaire, «met au second plan la volatilité des marchés», dont elle ne fait «aucune mention» dans son communiqué, soulignent les analystes de Barclays.
Cette volatilité est la conséquence de gigantesques transferts de capitaux, lesquels entraînent une dévalorisation des monnaies, que ce soit en Argentine, en Turquie, en Russie, ou en Afrique du Sud.
la plupart de leurs banques centrales tentent depuis, en augmentant leurs taux ou via dautres manuvres, de rapatrier des fonds vitaux pour des pays qui souvent vivent «à crédit» des investisseurs étrangers, cest-à-dire avec de gigantesques déficits extérieurs et/ou budgétaires.
Lexemple le plus spectaculaire ces derniers jours est celui de la Turquie, où la livre a perdu environ un tiers de sa valeur en six mois, et dont la banque centrale a réagi de manière spectaculaire, jusquà doubler lun de ses taux. Sans succès jusquici.
Récemment lAfrique du Sud a elle aussi durci sa politique monétaire, tout comme lInde, tandis que la Russie a tenté de soutenir le rouble.
Les économistes noublient pas que, lors de la dernière grande crise des devises dans les pays émergents qui a secoué lAsie à partir de lété 1997, les problèmes navaient pas vraiment dépassé les frontières de la région.
Mercredi encore José Vinals, le directeur du département marchés et capitaux financiers au Fonds monétaire international, a assuré quil ny avait «pas de mouvement de panique» global, mais une «combinaison de facteurs particuliers» à chacun des pays.
Pourtant les économistes sont de plus en plus nombreux à se poser aujourdhui la question dune contagion aux économies développées.
Les «émergents européens» en première ligne
Dabord parce que le poids des émergents dans léconomie mondiale na cessé de croître. Selon lOrganisation de coopération et de développement économiques, la part des pays développés dans la production de richesse mondiale, qui était de 60% en 2000, est tombée à 51% en 2010, et devrait encore décroître à 43% en 2030.
Le durcissement monétaire en cours dans certains pays «aura un impact très négatif sur les investissements et la consommation» puisque le crédit devient plus cher, et pèsera donc sur la demande de produits fabriqués dans les pays développés, explique Philippe Martin, professeur à Sciences Po.
«Mais supposons que les banques centrales décident à un moment ou un autre de laisser filer les monnaies, alors les entreprises de ces pays, souvent endettées en devises étrangères, verront leur dette exploser» et risqueront des faillites en chaîne, prédit-il.
«Il y aurait alors une contagion via le commerce international», qui selon lui ne «serait peut-être pas gigantesque, mais pas négligeable non plus, ce nest pas vraiment le moment (en zone euro) de perdre 0,2 point de croissance».
Léconomiste sinquiète aussi dun autre canal de transmission «beaucoup plus imprévisible».
«Nous avons en quelque sorte aussi nos pays émergents en zone euro. Si les investisseurs se prennent dune aversion au risque généralisée, ils peuvent se retirer de Turquie et dAfrique du Sud, mais peut-être aussi du Portugal, de lEspagne etc. Et nous risquerions le scénario catastrophe dune retour de la crise de la zone euro».
Philippe Waechter, directeur des études économiques chez Natixis AM, discerne «un effet de frein» lié aux difficultés des émergents, ainsi que des risques pour nombre de multinationales européennes et américaines qui y «ont développé leur production et peuvent être fragilisées».
Il rappelle toutefois que lors de la crise des monnaies asiatiques «si la chute avait été brutale, le rebond avait été rapide. Cette fois, il sagira de bien distinguer les pays qui vont rebondir vite, sadapter rapidement, et les autres».
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